Ce vin noble, produit dans les îles Eoliennes ou Lipari sous trois formes - l’une destinée à accompagner les repas, l’autre pour les desserts et la troisième en liqueur (Liquoroso), avec des indices minimum d’alcool de respectivement 11,5, 18 et 20 degrés - est l’un des plus anciens vins de Sicile. Au premier siècle avant Jésus-Christ, Diodorus Siculus notait que la vigne avait été introduite par les Grecs, même si les origines de la viticulture sur les îles Lipari sont beaucoup plus anciennes, ainsi que l’attestent les inscriptions que l’on retrouve sur des monnaies datant du 5e et du 4e siècle avant Jésus-Christ. Les pièces sont ornées d’un dessin représentant une grappe de raisins, ce qui démontre l’importance déjà acquise par la culture du raisin dans l’archipel.
Concernant les origines du nom Malvasia, une ancienne légende chrétienne circule toujours dans les îles. Elle fait référence à la période de la domination arabe sur la Sicile. L’histoire raconte qu’un agriculteur local voulait emmener une amphore de vin de Moscato à son père et au prêtre. Sur la route, il rencontra le tyrannique gouverneur arabe de l’île qui exigea de voir ce qu’il dissimulait sous son manteau. L’agriculteur répondit qu’il ne portait simplement une cruche de jus de guimauve et pria Dieu de transformer le vin en jus de guimauve en prononçant les mots ’’malva sia’’ (qu’il devienne du jus mauve). Le vin se transforma en jus de guimauve, au grand dépit du gouverneur qui avait insisté pour goûter le contenu de la cruche.
En 1890, le grand romancier français, Guy de Maupassant évoqua le vin Malvasia des Iles Lipari dans son oeuvre intitulée « La Vie Errante ». « Il ressemble à du sirop ou du soufre. Il s’agit précisément du vin des volcans, dense, sucré, doré avec un arôme prononcé de soufre qui reste sur le palais jusque tard dans la nuit. C’est le vin du diable. »
Le Malvasia est produit au moyen de techniques qui ont très peu évolué au cours des siècles. Les raisins sont cueillis après avoir atteint une maturation extrême et exposés au soleil pendant 10 à 15 jours, sur de grandes nattes faites de cannes de bambou. Ils sont ensuite pressés à l’aide d’une presse traditionnelle et le moût est mis à fermenter dans des cuves dont la capacité n’excède pas les 10 hectolitres. Ce vin illustre superbement l’œnologie sicilienne et, à l’instar de tout ce qui est précieux, il est rare - en 1984, la production s’élevait à 271 hectolitres. Cependant, un vin doté d’une si longue tradition ne peut être produit à une échelle industrielle,